Poursuites contre l’ex-président : que signifie l’annonce de la ministre de la Justice ?
Le 1ᵉʳ décembre 2025, la ministre de la Justice Fanirisoa Ernaivo a annoncé l’ouverture imminente de poursuites judiciaires contre l’ancien président Andry Rajoelina, soupçonné de corruption. L’ex-chef de l’État, renversé en octobre puis déchu de sa nationalité malgache, vit actuellement en exil à Dubaï. Cette déclaration marque un tournant politique majeur, puisqu’elle place un ancien dirigeant au cœur d’un processus pénal revendiqué comme emblématique de la “refondation” du pays.
Selon les précisions apportées par la ministre, les procédures devront être engagées “avant la fin de l’année”, sans que le détail des griefs ne soit rendu public à ce stade, au nom du secret de l’instruction. Les accusations portent principalement sur des soupçons de corruption et de détournement liés à la gestion de l’État durant les dernières années de pouvoir d’Andry Rajoelina. Les autorités de transition affirment vouloir rompre avec l’impunité des élites politiques, en promettant que “toute personne ayant commis des infractions” sera poursuivie, quel que soit son rang.
La dimension internationale du dossier complique toutefois la portée concrète de ces poursuites. L’ancien président ayant perdu sa nationalité malgache, il ne dispose plus que de la nationalité française, ce qui soulève la question d’une éventuelle extradition, alors que la France n’extrade pas ses ressortissants. Des économistes et juristes interrogés dans la presse soulignent que l’annonce de poursuites a donc autant une portée politique interne, d’envoyer un signal de rupture, qu’une chance réelle de déboucher sur un procès en présence de l’intéressé.
Sur la scène politique nationale, cette prise de position divise. Pour une partie de l’opinion et des organisations de la société civile, l’annonce répond aux demandes de reddition de comptes formulées depuis le soulèvement de la “Gen Z”, qui dénonçait notamment la corruption et les privilèges des dirigeants. D’autres voix mettent en garde contre un éventuel “procès politique”, instrumentalisé par les nouvelles autorités pour consolider leur légitimité, dans un contexte où la transition reste contestée par certains alliés de l’ancien régime et observée avec prudence par les partenaires internationaux.
La suite dépendra de la capacité des institutions judiciaires à instruire un dossier sensible sans interférence politique, ainsi que des coopérations demandées aux États étrangers, notamment aux Émirats arabes unis et à la France. Au-delà du cas Rajoelina, le ministère de la Justice évoque des investigations plus larges visant d’autres responsables, ce qui pourrait ouvrir une séquence de “justice transitionnelle” de facto, même si le pays n’a pas formellement adopté ce terme. Le déroulé de ce dossier constituera donc un test clé pour la crédibilité de la refondation annoncée par le pouvoir actuel.