Banque mondiale : que signifie la “suspension” de l’aide budgétaire évoquée par certains ?

L’expression de "suspension de l’aide budgétaire de la Banque mondiale" circule fréquemment dans le débat public malgache depuis plusieurs mois. Les faits sont toutefois plus nuancés. D’un côté, plusieurs sources rappellent qu’en 2024, l’institution de Bretton Woods avait reporté un appui budgétaire de 100 millions de dollars, considérant que certaines réformes conditionnelles n’avaient pas été mises en œuvre par le gouvernement d’Andry Rajoelina. De l’autre, la Banque mondiale souligne aujourd’hui qu’aucun programme n’a été formellement annulé et que les décaissements ont repris après une "pause opérationnelle" liée au changement de régime.

En juin 2025, un nouveau financement de 100 millions de dollars, sous forme d’appui budgétaire pour une croissance plus équitable et résiliente, a été approuvé. Le communiqué officiel insiste sur l’objectif de soutenir des réformes dans l’énergie, la gouvernance et le climat des affaires. Ce type d’appui budgétaire consiste à verser directement des fonds au Trésor public, en contrepartie d’engagements précis en matière de politiques publiques.

Toutefois, le représentant de la Banque mondiale à Madagascar, Atou Seck, a confirmé que deux tranches d’appui budgétaire déjà prévues restaient pour l’instant bloquées, faute d’application effective de certaines réformes, notamment dans les télécommunications. Il ne s’agit pas d’une rupture des relations, mais d’un gel partiel de décaissements conditionnels. La logique est celle d’un “contrat” : tant que les mesures convenues tardent, les tranches suivantes ne sont pas versées.

Après le changement de régime d’octobre 2025, une phase de “pause opérationnelle” a été décidée, le temps d’évaluer la situation politique. Un article de Madagascar Tribune, repris par d’autres médias, précise qu’aucun projet n’a été annulé et que les décaissements ont repris normalement depuis le 12 novembre. La Banque mondiale fait toutefois savoir qu’elle reste attentive à l’exécution des engagements et à la stabilité du cadre macroéconomique.

Parler de “suspension totale de l’aide budgétaire” est donc imprécis. La réalité est celle d’un environnement sous conditionnalité renforcée : une partie des appuis budgétaires est retardée, d’autres enveloppes, projets sectoriels, financements climatiques, appui à l’énergie ou à l’éducation  continuent de fonctionner. Pour Madagascar, où l’aide internationale représente une part importante des ressources publiques, la capacité à respecter les réformes convenues avec les bailleurs demeure un enjeu central de la refondation économique annoncée.

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