Politique générale de l’État 2026 à Madagascar

La feuille de route 2026 peut-elle rétablir la confiance à Madagascar ?

26 novembre 2025

La stratégie annoncée met en avant l’intégrité publique, la transparence et la réponse aux urgences énergétiques, mais sa solidité se jugera sur l’exécution et le suivi des engagements.

5 informations majeures à retenir

  • Le 18 novembre 2025, le Premier ministre présente à Tsimbazaza la mise en œuvre de la Politique générale de l’État, dans un format très exposé publiquement.
  • La feuille de route s’organise autour de trois priorités : confiance, gouvernance / transparence, lutte anticorruption, avec un volet institutionnel (référendum puis élections).
  • Le PLFI 2026 doit concrétiser les annonces, en ciblant notamment électricité, eau potable, infrastructures, éducation et dépenses sociales, avec des arbitrages sur salaires et investissements.
  • L’énergie domine les débats : interpellations massives, pression accrue sur la JIRAMA, et demande de réponses écrites pour obtenir des engagements traçables.
  • Les nominations contestées réactivent le débat sur l’alternance et la réalité de la rupture avec l’ancien régime.

Les news qui en parlent

Que vient chercher l’exécutif à Tsimbazaza ?

La présentation du programme gouvernemental devant l’Assemblée nationale, le 18 novembre 2025, vise à exposer une trajectoire politique et institutionnelle attendue par l’opinion.

Au Palais de l’Assemblée nationale à Tsimbazaza, le Premier ministre Herintsalama Andriamasy Rajaonarivelo doit détailler publiquement la mise en œuvre de la Politique générale de l’État (PGE), dans une séance annoncée comme ouverte et fortement suivie. Ce moment intervient dans un climat de demandes pressantes, où les citoyens comme les élus attendent des orientations lisibles et un calendrier crédible.

Cet exercice s’inscrit aussi dans une logique de redevabilité : l’Exécutif se présente devant les représentants du peuple et met sur la place publique les priorités qui structureront l’action de l’État au cours de la transition.

Quels sont les axes annoncés pour refonder l’action publique ?

Le programme met l’accent sur la restauration du lien avec la population, la qualité de la gouvernance et une offensive contre les pratiques illicites.

Selon les éléments communiqués, trois priorités dominent : retisser la relation entre gouvernants et gouvernés, consolider les mécanismes de pilotage et de contrôle, et réduire la corruption ainsi que les détournements. En parallèle, le gouvernement annonce vouloir réaffirmer le positionnement républicain des Forces armées et clarifier les fondements de la « nouvelle République ».

Le volet institutionnel comprend la préparation d’un référendum constitutionnel, présenté comme une étape préalable à des élections décrites comme libres et transparentes. À l’issue de l’exposé, les députés peuvent formuler des observations, ce qui place le Parlement dans un rôle de contribution, au-delà de la simple audition.

Pourquoi le budget 2026 est-il présenté comme un test ?

L’examen du Projet de Loi de finances initiale 2026 doit traduire les priorités politiques en arbitrages financiers concrets.

Dès le 19 novembre 2025, l’Assemblée nationale doit étudier le PLFI n°015/2025 pour l’exercice 2026. Les orientations budgétaires annoncées mettent en avant l’accès à l’électricité et à l’eau potable, des infrastructures jugées stratégiques, ainsi que le financement de l’éducation et des dépenses sociales.

Le gouvernement évoque aussi une revalorisation des rémunérations dans la fonction publique, associée à une réduction des dépenses considérées comme non prioritaires afin d’augmenter la part consacrée à l’investissement. Dans ce cadre, la cohérence entre annonces, montants et calendrier sera un indicateur central de crédibilité.

Comment l’énergie devient-elle le cœur de la confrontation parlementaire ?

La crise énergétique s’impose comme le dossier politique le plus inflammable, au point de monopoliser une part exceptionnelle des interpellations.

Le 17 novembre, une séance d’interpellation réunissant plusieurs ministres (travaux publics, santé, éducation, énergie, eau-assainissement, intérieur-décentralisation) s’est tenue dans un climat plus encadré que prévu, avec de nombreuses interventions axées sur les difficultés locales. Un incident a néanmoins marqué les esprits : une coupure de courant dans l’hémicycle, immédiatement instrumentalisée par certains élus pour dénoncer les dysfonctionnements persistants de la JIRAMA.

Le lendemain, le curseur est monté d’un cran : 71 députés auraient interpellé le ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures Ny Ando Jurice Ralitera sur la seule question de l’électricité, au terme d’un échange marathon. Projets hydroélectriques, recours aux groupes électrogènes, stabilité du réseau d’Antananarivo et continuité de mégaprojets ont dominé les discussions, avec une décision symbolique : exiger des réponses écrites, pour obtenir des engagements datés et vérifiables.

Les objectifs économiques peuvent-ils être tenus sans fracture politique ?

La feuille de route économique affiche des cibles chiffrées, mais dépend d’un financement externe et d’une transparence durable dans la mise en œuvre.

Le document de mise en œuvre de la PGE met en avant l’impact macroéconomique des délestages, estimés responsables d’une perte moyenne de croissance sur plusieurs années. Il prévoit une enveloppe d’urgence d’environ 50 millions de dollars pour améliorer production et distribution, avec un objectif de baisse significative des coupures en quelques mois, tout en faisant de la lutte contre l’inflation un axe prioritaire via la régulation de produits essentiels et l’assainissement des circuits.

Le plan ambitionne également de soutenir l’emploi et les PME, d’accélérer la formalisation par la simplification administrative, et de financer une transition énergétique (hydro, solaire, éolien) via des partenariats. L’Exécutif annonce enfin un suivi mensuel à travers un tableau de bord national, présenté comme un outil de traçabilité des résultats.

Les nominations peuvent-elles relancer les tensions de la transition ?

Des désignations récentes ravivent le débat sur l’alternance et la rupture attendue avec l’ancien pouvoir.

Après un Conseil des ministres, plusieurs nominations ont suscité des critiques, notamment en raison de profils perçus par certains acteurs comme proches de l’ancien régime. Le député Fidèle Razara Pierre (Toamasina) a publiquement exprimé ses inquiétudes, citant des cas comme la nomination de Faly Hery Randriamboavonjy à Ambatondrazaka et celle de Jacquis Georges Rainimbahy à la tête de l’APMF.

Au-delà des personnes, l’enjeu est politique : une partie des soutiens de la transition attend une rupture nette, tandis que l’Exécutif doit préserver l’unité institutionnelle. Cette ligne de crête pèsera sur la capacité du gouvernement à tenir sa promesse de refondation.

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